Maurichronique : Brûler le cœur… Imprimer
Jeudi, 25 Décembre 2014 11:16

La ville s’est construite avant moi. Elle a eu son cœur. J’ai voulu en créer une autre. Lui greffer un cœur. Autour duquel des commerces, des marchés, des vrais centres d’intérêts, qui attirent les gens. J’ai fait passer des routes par-ci, d’autres par-là. Je me suis nanti. Des lotissements à toutes les articulations. Sur tous les rebords des routes. J’ai même crée des villes lointaines. Rien à faire. Pourtant, la rectification, c’est ça. Une ville qui fait disparaître une autre. Lui vole la vedette. Lui vole la gloire. Le prestige. La valeur. Et lui voler son cœur de ville.

Rien à faire. La ville est toujours une et une seule. Là, où loge son cœur, son vrai cœur qui fait courir les hommes et les femmes. J’ai raté le commencement. J’ai raté la naissance du cœur, la naissance de cœur. Aussi. Les gens sont passionnés. Passionnés une passion antique, qui m’a précédé. Insensibles à tous les cœurs qui surgissent ça-et-là. Ils ne voient que le cœur de leurs amours éternelles.

Il y a quelque chose de mystérieux dans l’affaire. Et ça m’énerve. Et me tue. Me tue de jalousie. J’ai coupé quelques mètres du domaine public, d’autres et encore d’autres. J’ai démoli des blocs entiers du centre de la chose. Enfin, je crois, je ne suis plus sûr. Je ne suis sûr de rien. Les gens s’accrochent sur le cœur de toujours. Ma rectification du cœur, je l’ai échouée. C’est raté.

Pourquoi, les gens tiennent au cœur de la ville ? Et comment parvenir à les en détourner. Les distraire, ne serait-ce qu’un instant, juste le temps de s’en accaparer ? J’y pense au plus profond de mon cœur. Ça me démange les tripes et la gorge. J’ai faim. Et, j’ai soif. Faim de la chair d’un cœur de ville. Soif de son sang de cœur.

Je vais devoir songer à un truc. Un stratagème. Genre incendiaire. Pyromane. Brûler le cœur de la chose.  Verser quelques larmes de compassion pour les victimes. Et laisser, quelque temps durant, le cœur  dans son état cramé, défiguré, méconnaissable de ses amoureux antiques. Petit à petit, ils oublieront. Et ils accepteront de détourner leurs visages de ce qui ne marquera, désormais, pour eux que  désolations et chagrins.

C’est une idée qui m’est survenu déjà. Sur autre plan.  Le feu. Mettre le feu partout. Propager la braise et les flammes brulantes. C’est un procédé génial. Les gens n’auraient de tête que pour  la fuite. Fuir le feu. Et quand on fuit le feu on oublie tout. On oublie le cœur. Et celui qui a mis le feu. Dans le cœur.

Mouna Mint Ennas