Contribution à la solution du problème de l’esclavage Imprimer
Mardi, 23 Mars 2010 11:09

Le débat sur l’esclavage est toujours d’actualité. Un débat ancien mais qui refait toujours surface à chaque moment que les deux parties reviennent au dialogue de sourds. D’un coté, il y a ceux qui nient catégoriquement toute existence du phénomène si ce n’est dans l’imaginaire de « quelques empêcheurs de tourner en rond », tels Boubakar Ould Messaoud, Biram Ould Dah Ould Abeid …. !! Les tenants de cette thèse soutiennent que parler de l’esclavage, c’est chercher à ternir l’image du pays. Ils réduisent le phénomène à un simple fonds de commerce pour ceux qui en parlent encore pour, disent-ils, semer la zizanie et endommager le tissu social.
De l’autre côté, l y a ceux qui confirment, sans grande peine, l’existence du fléau dévastateur, tout en se considérant militants d’une cause noble et juste. Ils soutiennent que l’Etat mauritanien est l’héritier légitime et naturel d’un système tribal esclavagiste traditionnel qui s’est transformé, d’ailleurs sans transition, en un mode de gouvernance qui consacre une ou plusieurs tribus aux commandes de la destinée de la chère Nation.
Les adeptes de cette cause vont plus loin en considérant que l’Etat, sous sa forme actuelle, apparaît comme un patrimoine entre les mains d’une entité assimilée, détenant résolument le pouvoir économique et par conséquent, celui de décider, en solitaire, du devenir du pays. Toute atteinte à l’image du pays est alors perçue comme étant une atteinte à l’arabité, à l’histoire et aux “valeurs” de cette entité.

Dans le but de trouver une solution à cette épineuse problématique, je voudrais apporter ma modeste contribution qui, à priori, ne plaira guère aux partisans de la non existence de l’esclavage, mais ira, en définitive, dans le sens de l’intérêt commun : arriver au moment où l’Etat deviendra réellement un Etat pour tous

L’esclavage est un crime contre l’humanité commis, avec atrocité et sans scrupule, par les ancêtres. Les grands-pères l’ont perpétué durant leurs époques et les descendants continuent malheureusement à le commettre dans leurs pratiques ou, pire encore, dans leur silence coupable et leur indisponibilité à fournir un effort, aussi minime qu’il soit, pour se purifier de ce crime odieux.

Admettons, aveuglément, que l’esclavage ne soit plus exactement aujourd’hui comme il l’était dans des générations passées non lointaines. Mais, ses séquelles sont là, ses blessures saignent encore et ses douleurs sont nettement sensibles. Et pourquoi pas, puisque l’on sait que le phénomène a fait naître un complexe irréparable chez plus de la moitié de ce peuple à qui on a toujours voulu faire avaler la honte et le mépris ? Y a-t-il de plus ignoble que l’esclavage?

Et, plus grave encore, on avance l’Islam comme étant à l’origine du phénomène. Mais hélas ! on se trompe profondément. C’est plutôt l’Islam qui a combattu avec véhémence ce crime horrible à l’aide d’une psychopédagogie adaptée qui allait l’éradiquer depuis très longtemps si tout le monde avait suivi, à la lettre, les préceptes du Saint Coran et de la Sunna.

Comment peut-on comprendre et accepter qu’une infime entité, n’atteignant pas le tiers de ce peuple, détienne toutes les richesses et tous les pouvoirs de la Nation? Comment expliquer que les Haratines qui représentent plus de la moitié de la population, n’ont droit qu’au tout petit peu, alors qu’on chante la fraternité sur tous les toits? Pourquoi n’ont-ils même pas le droit d’exprimer leur amertume née de la marginalisation au risque d’être taxer de racistes, de sectaires et de divisionnistes?

De quelle division parlez-vous, chers frères? Et sur quoi voulez-vous vous unir avec vos “frères” victimes de ce passé- présent? Tout le monde doit savoir qu’il est temps de rectifier le tir et de soigner les blessures toujours béantes.

Cela incombe, tout a d’abord, à ceux qui gouvernent par les moyens que nous connaissons tous. C’est à eux que je parle : vous devez fournir un grand effort pour juger l’histoire et dédommager ces victimes qui sont restées à la traîne. Les Haratines ont beaucoup souffert et n’admettent plus cela, quel qu’en soit le prix !!

D’aucuns disent que le pouvoir mauritanien a été contraint d’accepter de rétablir des relations diplomatiques avec Israël. En contre partie, l’Occident cesse de lui brandir les problèmes des droits de l’homme, notamment les questions liées à l’esclavage. Autant le prix est alléchant, autant la marchandise est indésirable !!

Nos frères maures s’intéressent aux causes palestinienne et irakienne plus qu’ils ne prennent la peine de se pencher sur une question cruciale qui touche l’intégrité et la cohésion de leur patrie. La cause principale s’est révélée être le complexe d’arabité et le spectre de l’originalité que nos Maures drainent depuis belle lurette !

A travers l’histoire, ont-ils entrepris une action visant à soutenir leurs “frères” Haratines dans leur combat? Au contraire, on a vu plusieurs actions de solidarité envers la Palestine, le Liban et l’Irak (des fatwas, des sit-in, des marches, de la poésie, des cotisations et des associations etc.)

Nous, Haratines de Mauritanie, considérons que l’esclavage est une honte nationale dont tous les Maures sont responsables, sauf ceux qui s’en démarquent solennellement et par des actions claires et concrètes visant à combattre, sans aucune complaisance, le phénomène sous toutes ses formes. Ceux qui continuent à pratiquer la politique de l’autruche assumeront, toute entière, la responsabilité de tous les dérapages qui compromettraient l’avenir du pays !

A tous, je signale, enfin, que ce que vous reprochez à Israël, vous le faites subir à vos frères esclaves et anciens esclaves. Ya-t-il de plus ignoble que de déposséder quelqu’un de sa qualité d’homme ? Si la relation avec Israël était une trahison de la cause arabe, l’esclavage est une haute trahison de la cause humaine.

Je tiens ici à féliciter ceux qui combattent à nos côtés pour mettre fin à ce statut inconfortable conféré aux esclaves et aux Haratines de façon générale.

Enfin, pour conclure cette modeste contribution, je tiens à formuler les remarques suivantes :

- Nous mettons en garde contre toute tentative visant à sanctionner Monsieur Biram Ould Dah ou n’importe quel autre militant de cette cause. Nous pensons comme ils pensent. Il ne s’agit pas d’une personne mais d’une conscience !

- La solution du problème de l’esclavage doit être aujourd’hui la priorité des priorités et c’est la responsabilité de tous. Nous estimons que, désormais, cette solution constitue une condition sine qua non de la stabilité, de la sécurité, de la cohésion et de l’avenir de ce pays.

- Aujourd’hui, il faut impérativement nous présenter des excuses et nous accorder des réparations. Il faut, de mon point de vue, trois choses essentielles pour éradiquer complètement l’esclavage et traiter conséquemment ses séquelles :

1- Le président de la République doit demander des excuses au nom de tous les Mauritaniens pour les crimes liés à l’esclavages, au cours d’une cérémonie officielle à laquelle assistent les faqihs et les imams qui ont, par le passé, légiféré sur ces pratiques ;

2- Mettre en œuvre une politique claire basée sur la discrimination positive dans les domaines de l’éducation, de l’agriculture, de la pêche et de la fonction publique, pour ouvrir une grande porte à cette couche sociale et l’intégrer définitivement dans ce pays ;

3- Il faut impérativement que l’Etat cherche les voies et moyens de dédommager tous les esclaves et les anciens esclaves, en leur attribuant, non seulement des enveloppes financières mais également des terres cultivables et d’autres ressources.

Brahim Ould Bilal Ould ABEID
Professeur de Philosophie,
Vice Président de SOS DISCRIMINES

GMS 728 43 03, 247 85 17