Courrier:Paroles, paroles Imprimer
Jeudi, 25 Février 2010 11:02

Comment peut-on encore écrire, avec humour et légèreté, sur une actualité mauritanienne qui ne veut pas se laisser lire ? Quand la liberté d‘expression peut conduire en prison ? Quand d‘un colloque sur la bonne gouvernance démocratique, il ne faudra retenir que les prémices de tous les traquenards politiciens en Afrique : la bonne vieille méthode, une proposition de révision constitutionnelle ? Il le faut pourtant ...
Alors, comment interpréter les derniers remous de la vie politique nouakchottoise ? Même si l‘on peut se réjouir avec l’imam Mohamed Moctar Ould M’Balla, conseiller du président de la République chargé des affaires islamiques, que les salafistes en prison aient "majoritairement signé leur renoncement à la violence", on ne peut s‘empêcher de s‘interroger sur la logique et les implications de ce nouveau revirement du pouvoir mauritanien. Aujourd‘hui, d‘anciens devenus nouveaux ennemis se rendent des services et se renvoient l‘ascenseur, comme s‘ils se découvraient pour la première fois, en se penchant sur le cas de ceux que les médias publics nomment pudiquement "les jeunes incarcérés à la prison centrale de la capitale’’. A l‘histoire politique récente de se faire oublier ...
Il s‘agirait, nous disent les sages, avec les salafistes, d‘un « rapide dialogue pour corriger les fausses interprétations des préceptes de l’Islam en vue de ramener à la raison les fanatiques qui s’enfoncent dans des idées extrémistes favorisant le terrorisme ».

Il est vrai qui ni l‘intensification de la coopération sécuritaire française, ni la loi anti terroriste et les mesures sécuritaires de tous acabits - qui font oublier presque que les enfants de Ahmed et Fatou réclament des bancs pour l‘école et veulent trois repas par jour-  n‘ont pas empêché les prises d‘otages et le chantage de ElQaeda.
Alors là où l‘action peine, des mots ? "Des mots tactiques"? Oui, "encore des mots, toujours des mots", "rien que des mots" disent les médias locaux, qui las de pronostiquer des lendemains prometteurs et d‘analyser l‘illisible, préfèrent rejoindre le " Tout va bien, Madame la Marquise ". On se félicite du dialogue avec les islamistes modérés, on se réjouit de la reprise de l‘aide de l‘union européenne et on attend avec optimisme la réunion  de Bruxelles des bailleurs de fonds sur la Mauritanie, prévue au mois d’avril.

Et peut-être avant tout cela, la sortie de prison  des "jeunes incarcérés à la prison centrale de la capitale’’ et la libération de l‘otage français détenu au Mali.
Pendant ce temps, à Nouakchott, "les mots magiques" se murmurent et se propagent dans tous les salons " : remaniement ministériel et ouverture au parti islamique". Même s‘ils sonnent faux, d‘après certains observateurs, ils ouvrent des perspectives qui complexifient, encore davantage, le champ politique mauritanien.
Qu‘en pense l‘opposition ? Il faudrait d‘abord la trouver ... on la dit absente, pour le moment.

Ciesma pour mauritanidees.fr
Février 2010