Une icône en or s’en va Imprimer
Samedi, 04 Mars 2017 23:37

 

Par Wane Abdoulaye Neto

Si l’or est généralement considéré comme une valeur refuge, il est aussi un critère d’appréciation d’une personne dont le comportement est sublime envers des victimes pendant des moments graves, surtout en matière d’atteinte des droits de l’homme.

Dans notre pays la Mauritanie, nous avons de l’or en minerai et de l’ or en chair et en os. En cas de décès d’un grand homme une citation Peulh dit : « L’or est rentré dans la terre ». Le Colonel Sidina Ould Sidiya, dont nous avons appris le décès avec une profonde douleur en est un. Nommé ministre de l’intérieur en février 1991 en remplacement de Djibril Ould Abdallah né Gabriel Cymper tristement célèbre pour son apologie de la haine et de la violence. Il se distinguera par un comportement exceptionnel caractérisé par son courage et son honnêteté en combattant et en rejetant les exactions commises à cette époque à l’endroit de ses compatriotes negro-mauritaniens.

Moment filon, inimaginable que des hommes, surtout des officiers supérieurs occupant de si hautes fonctions, puissent agir de cette façon. Ceci lui vaudra un éphémère séjour à ce poste (deux mois) et d’être mis en quarantaine, voire d’être proscrit à jamais comme tous les compatriotes qui ont agi de la même manière. Le système Amok (éponyme de leur règne) conçu, supervisé et réalisé par Maawiya et son alter égo le colonel Ely Ould Mohamed Vall, qui sont allergiques aux vérités, n’admet pas le désaveu. Il s’agit d’un axiome ad vitam aeternam .

Une surprenante cassandre viendra de François Soudan, rédacteur en chef de Jeune Afrique. Ce journaliste avocat des tyrans de Nouakchott, Lomé et Malabo, dans une édition spéciale consacrée à la Mauritanie en 1991, a rendu un hommage particulier et mérité au colonel Sidina Ould Sidiya. Cet article intitulé « partisan de l’apaisement » sera censuré par les medias d’Etat (TVM, Radio Mauritanie et le journal Chaab) qui n’ont pas manqué de reprendre sempiternellement le reste de l’édition. Ainsi, François Soudan a fissuré le  système Amok caractérisé par l’installation d’une puissante industrie de production de complots permanents, d’esclavagistes, d’impunités, de coupables, d’omerta, de pendaisons, de fosses communes, de déportations, de latifundistes et d’un cortège d’atteintes graves aux droits humains ainsi que le pillage systématique des richesses nationales.

Tout n’est pas dit en raison d’une particularité dans cette production qui est celle des enfants qui n’ont jamais prononcé le mot PAPA suite aux décès de ces derniers soit avant leurs naissances soit quand ils étaient bébés. A ces orphelins de prêter une oreille attentive à Guillaume d’Orange : « il n’est point besoin d’ espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ».

Le colonel Sidiya n’est impliqué ni de près ni de loin à ce système. Son cas est un exemple qui appelle à la prudence pour faire la différence entre ceux qui sont au gouvernement qui ont les mains propres et la conscience tranquille à l’aune des hommes du système. La profonde douleur acerbe, l’étanchéité et la hauteur du mur de la désinformation étourdissante ne peuvent conduire à la grave erreur de mettre tout le monde dans la même enceinte. Les citations édifiantes étayent la phrase ci -dessus: « La bonté de l’homme est une flamme qu’on peut cacher mais qu’on ne peut jamais éteindre». (ROLI HALA HALA MANDELA). « On peut tromper une partie du monde tout le temps et tout le monde une partie du temps mais on ne peut tromper tout le monde tout le temps » (ABRAHAM LINCOLN).

Plongé dans une profonde géhenne pendant sa longue traversée du désert, il (le colonel Sidina) gardera toujours sa dignité jusqu’à sa mort en refusant de tendre la main ou d’être un laudateur ou un larbin du système Amok, mettant en pratique ce que disait l’autre : « L’or véritable ne craint pas le feu » (un homme de valeur sait résister a toutes les épreuves). Il rentre dans sa tombe en martyr de l’égalité et de la justice. Comme disait le capitaine Thomas Isidore Noel Sankara, « la tragédie des peuples révèle les grands hommes, mais ce sont les médiocres qui la provoquent ».

De grands hommes, la Mauritanie en a, comme Sidi ould cheikh Abdallahi ancien Président de la république, le colonel Sidina Ould Sidiya, le colonel Sid’Ahmed Ould Jideyne, le colonel Oumar Ould Beibakar le messie du bagne mouroir de Walata, Mohamed Ould Deye lieutenant au moment des faits, Isselmou Ould Abdel Kader administrateur, l’homme qui a fermé les camps de concentration du Brakna, Ould Habbot ancien député maire de Bir mogrein, auteur du vote contre l’amnistie des tortionnaires, feu l’Imam Boudaha Ould Boussari, feu Mohamed Radhi chef de tribu et son fils Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Radi ancien secrétaire général de l’UTM (Union des Travailleurs de Mauritanie), feu Gleyguime Ould Moutali, chef de tribu, feu Ould Oudaa imam de la mosquée de Kiffa, feu adjudant chef des douanes Mohamed khattry , Abdoul Wedoud Ould Cheikh sociologue, feu Habib Ould Mahfoud professeur de français, mon adorable geôlier l’ex gendarme Bathy Ould Boydjel, Ali Djimmé chef de tribu Ideylik, des avocats, des médecins, etc. La liste est loin d’être exhaustive, que tous ceux qui ont eu la même attitude et qui n’y trouvent pas leurs noms se sentent nommément cités par Grands Hommes qui est leur patronyme.

Ne pas parler d’eux, est une chronique qui frise l’indifférence, qui rend aphonique les défenseurs des justes causes et contribue à la promotion de l’omerta. Du coté des victimes, il y a aussi de grands hommes capables de reprendre la célèbre phrase de THOMAS BORG ancien ministre sandiniste de l’intérieur (NICARAGUA) lui aussi victime de tortures inhumaines pendant la lutte révolutionnaire : « Ma seule vengeance c’est mon pardon ». Mais cela dépendra de la façon de traiter le sujet. Cet article serait fadasse sans un mot à l’endroit de cette équipe de bâtisseurs de ce pays. Cette équipe qui va du planton au plus haut cadre, avec sagesse et à partir du néant, dans la symbiose, a hissé ce pays au summum des nations. Cette aura a amené le roi HassanII du Maroc à renoncer à ses revendications territoriales sur la Mauritanie.

Profitant d’un sommet de l’O.C.I. au Maroc, il lance une invitation en Septembre 1969 au président MOCTAR OULD DADDAH qui accepte de s’y rendre. Ce fut la reconnaissance de juré de notre pays. Cette aura est également le fruit de cette labeur qui a fait de la Mauritanie un exemple de cohabitation, un fleuron de la diversité culturelle d’où le qualificatif de trait d’union entre l’Afrique noire et le Monde Arabe. Le mot trait d’union provoque une métonymie chez le colonel Ely Ould Mohamed Vall (lire son interview à Jeune Afrique Numéro 2334 /Aout 2005). La Mauritanie était aussi un des carrousels de la diplomatie des non-alignés. Il n’y avait ni maures, ni noirs mais que de mauritaniens porteurs de l’hospitalité légendaire, fils d’exogamie, et ignorant de la xénophobie. C’est cette Mauritanie qui est le soubassement de ma vie et de mon éducation.

Le mauritanien n’était ni indexée, ni victime de tracasserie dans le monde. La même équipe nous a laissé les outils d’une vie correcte à savoir la sagesse, l’intégrité, la compréhension des autres, la ponctualité, la célérité, etc. Un vadémécum de la morale sérieusement atteinte par le système Amok qui a transformé la Mauritanie en pétaudière et l’a cloué au banc des accusés à partir du 12/12/1984.

Il ne s’agit pas seulement d’un traditionnel hommage à de valeureux patriotes morts ou vivants, mais d’un témoignage et d’une reconnaissance pianissimo d’un rescapé du bagne de Jreïda.

Que tous nos défunts compatriotes reposent en paix dans leurs tombes et que rien ne les y dérange. Que leur vie exemplaire nous serve de balises et que Dieu leur ouvre grandement les portes du paradis.

Nouakchott, février 2013

WANE  Abdoulaye Neto

 

Colonel des douanes à la retraite