Ce que m’a inspiré l’intervention de Biram Ould Dah Imprimer
Jeudi, 14 Juillet 2011 12:35

La conférence de Biram le samedi 25 juin 2011 à Paris a suscité un réel intérêt et un enthousiasme certain de la part des principaux acteurs politiques et associatifs de la diaspora mauritanienne en France. En articulant l’esclavage et le racisme d’Etat, notre conférencier, président de l’IRA a mis le curseur sur «les fondements idéologiques et religieux de l’esclavage et du racisme d’Etat en Mauritanie». La puissance des convictions, la profondeur de l’engagement et l’exigence de conscience, de discipline et d’organisation ont provoqué une vibration très forte dans la salle.
Il faut dire que si Biram n’est pas un phénomène nouveau dans la lutte organisée contre l’esclavage en Mauritanie, son approche présente une dimension révolutionnaire indéniable. Les mots qui ont rythmé son intervention sont très significatifs : «la résistance», le « mouvement des lumières », « penser pour agir ». Il y a dans la symbolique du verbe, une tonalité qui exprime une intériorité en action dont le caractère décidé transparaît à travers la résonance et la modulation de sa voix.

Il a pris acte du caractère totalitaire du système et ses expressions esclavagiste et raciste. Il n’a pas usé de la langue de bois. Biram a ainsi défini sa démarche comme relevant de la déconstruction nécessaire du système et de l’exigence de résistance. Il a mis en exergue l’actualité de l’esclavage et du racisme d’Etat à travers la gouvernance de Ould Abdoul Aziz. Le verbe haut en couleur, la rhétorique fortement symbolique, l’interpellation constante de la salle et des gouvernants actuels à leur tête Ould Abdoul Aziz et les exemples illustratifs des pratiques esclavagistes au quotidien ont scandé le discours sans détours du président de l’IRA. Il y a dans le système mauritanien en action, une logique du déni d’humanité soutenue par toutes les forces conservatrices, totalitaires, et hostiles à la dignité humaine, a martelé notre conférencier.

Biram est revenu sur des faits poignants de l’esclavage en Mauritanie, notamment les pratiques de mise sous tutelle de toute une composante humaine. Des femmes et des enfants livrés à la cruauté d’hommes et de femmes en tant que maîtres sans cœur, sans foi, sans raison. L’esclavage en Mauritanie relève d’une inhumanité innommable, indescriptible et inqualifiable. On se dit où est passé le bon sens de cette communauté qui se dit musulmane ? Quelles valeurs humaines fondent leur identité ? Qu’est ce qui se passe dans la tête de ces hommes et femmes qui exercent une domination aussi cruelle, barbare que cynique ? L’inhumanité de ces pratiques remet en cause toute forme de confiance en l’humain, dès lors qu’il est en capacité de produire de pareils actes. Une machine idéologique, militaire, policière est constamment mobilisée dans ce sens. Il n’y a jamais eu de répit pour les hommes, femmes et enfants assignés au statut mortifère d’esclaves. La société mauritanienne est esclavagiste de fond en comble et comme telle, matrice d’un déséquilibre qui a généré les inégalités les plus iniques. Des techniques d’humiliation, de torture et de mise à mort en ont découlé dans le but de maintenir et d’entretenir la dépendance des esclaves des maîtres par la peur, la haine et la soumission. Biram l’a exprimé avec vigueur, le maître ne reconnaît aucun droit à la vie digne et à l’existence libre au noir en tant qu’être humain.

Ainsi, des enfants et des femmes sans protection, sans sécurité, sont à la merci de l’arbitraire le plus cruel et le plus insoutenable des maîtres maures qui défient au quotidien l’humanité de l’homme par des traitements barbares d’êtres humains méconnus dans leurs droits les plus élémentaires. Dans cette perspective, Biram a énuméré des faits avérés d’esclavage qui dépassent l’entendement. Il faut dire que, le système dans ses fondements, est ébranlé du fait même des avancées significatives du combat contre l’esclavage, dont la phase actuelle est marquée par la conscience du devoir de résistance contre les piliers de l’édifice. Ainsi, l’enjeu porte sur la disqualification de tous les rouages de l’ordre social tribal et féodal qui entretient l’Etat esclavagiste et raciste.

Il est clair que l’Etat mauritanien a du mal à être cerné par les méthodes connues de la science ou de la sociologie politique du fait de son ancrage dans une structure irrationnelle organisée et façonnée depuis des millénaires pour broyer et détruire l’humanité de toute une composante humaine.

En effet, la démarche de Biram, dans son exposé, est de mettre en lumière les fondamentaux de ce système odieux, criminel, inhumain et marqué par le mensonge, la manipulation et l’occultation permanente de la vérité. L’appel à la résistance s’est traduit par une prise de position du rassemblement de toutes les forces qui entendent œuvrer dans le sens de la logique de la mise en avant de la mutualisation des énergies et des forces dans le sens de soutenir le combat par « des efforts moraux, intellectuels, politiques et matériels ».

En substance, on peut retenir que le combat que mène Biram est un appel à une reconquête de la dignité perdue et de la disposition fondamentale propre à l’humain, la liberté. Biram revendique la dignité pour tous, celle des victimes et aussi des bourreaux. Le système esclavagiste et raciste a réduit le sens de la dignité de la communauté maure qui pratique l’esclavage de manière systématique et s’autoproclamant ainsi base naturelle du système. Il y a un fond idéologique permanent qui constitue un dogme intouchable et immuable et qui génère à chaque fois une logique d’extermination et d’anéantissement de la personnalité morale et éthique de l’homme noir. La logique concrète et agissante de ce système a mis en évidence qu’il faut agir par une mobilisation des consciences et au nom de valeurs fortes pour inverser la tendance de façon radicale, rationnelle, juste et démocratique. C’est par la volonté et la conscience des hommes et des femmes justes et déterminés sans exclusive, que le système esclavagiste et raciste ne résistera pas à la puissance du droit contre l’arbitraire, de la liberté contre l’obéissance et la soumission.

En se situant sur le terrain du devoir d’humanité et de l’engagement éthique, Biram expose la stratégie qu’il convient d’adopter afin de ne pas se contenter de déclarations politiques. Devant l’arrogance du dominateur esclavagiste et raciste, il n’y a que la résistance qui peut conduire à la reconquête de la liberté et de la dignité. Il convient de mesurer l’enjeu et de se rassembler et ne pas se laisser divertir par les mesures sans crédibilité qu’Ould Abdoul Aziz ne cesse de proposer comme de la poudre aux yeux. Continuateur rusé et manipulateur, le président mauritanien juxtapose des déclarations fracassantes, jamais suivies d’effets concrets. Il est temps d’en finir avec la naïveté qui a caractérisé la plupart des acteurs politiques de notre pays, dont l’engagement se fonde sur un réalisme de compromission et de subordination. Une éthique de la résistance et une conscience de la responsabilité pourraient définir la radicalité humaniste de Biram qui constitue le message fort de son intervention passionnante et passionnée. La vocation s’est conjuguée avec la lucidité alliant l’enthousiasme et la conscience qui ont mis à l’unisson un auditoire attentif et intéressé.

Une force de conviction, un dévouement à une grande cause, une posture militante très prometteuse traversée par une très haute considération de la dignité humaine et une forme de générosité communicative caractérisent l’engagement de Biram au service de l’exigence de justice et de l’obligation morale de contribuer à l’éradication de l’un des systèmes les plus odieux de l’histoire de l’humanité. La Mauritanie esclavagiste et raciste doit être vaincue afin que puisse s’édifier une société mauritanienne libre, égalitaire et juste. Cette Mauritanie, que nous appelons de tous nos vœux où seul le citoyen aura droit de cité, non le noir opprimé et esclave réduit à l’indignité par le maure dominateur, oppresseur, esclavagiste et raciste. Le bourreau doit faire du chemin en se libérant du complexe de la domination pour rencontrer et être à l’écoute du dominé qui a tant souffert. C’est à ce prix que Ould Abdoul Aziz pourrait incarner l’après Taya qui tarde à s’annoncer et à s’énoncer. Tel est le défi lancé aux autorités mauritaniennes par notre conférencier, en délivrant un message marqué par la clarté et la précision avec une forte conviction et une conscience de l’impératif de libération du noir opprimé de Mauritanie, qu’il soit esclave ou exclu du système.

SY Hamdou
Paris le 30 juin 2011