Courrier:Cette TVM là ! Imprimer
Jeudi, 21 Avril 2011 12:17

Le débat télévisé diffusé la nuit du Mercredi à jeudi dernier portant  sur l’esclavage en Mauritanie a été souhaité par d’aucuns comme un signe réel d’ouverture des médias ; une fin du stalinisme médiatique qui a toujours caractérisé l’information publique dans ce pays. Nous avons même pu lire, à cette occasion, un article sur Cridem proclamant que c’était « la fin du tabou ». Mais moins de vingt quatre heures après, la TVM retrouve son rôle de porte-voix du régime et de ses courtisans, en couvrant avec force détails la conférence de presse des avocats des femmes récemment jugées pour pratiques esclavagistes et innocentées par le justice du pouvoir en place alors que, à ce jours, jamais cette même TVM n’avait couvert de conférence de presse organisée par le ONG anti-esclavagistes, ni fait mention du combat qu’elles ont menées pour que ce procès ait lieu. Chacun a son défaut où toujours il revient…Les faits ne sont pas près de contredire La Fontaine.
Sans rentrer dans un débat sans fin sur le comment et le quand, les organes de presse publics doivent accomplir leur devoir d’informer le citoyen. Disons en toute humilité, que l’affirmation selon laquelle les choses « s’améliorent » sur ce plan manquent franchement de preuves et que bien des aspects du fameux débat de jeudi soir dénotent plutôt du contraire. En effet, le constat  des sympathisants pour ne pas dire militants des droits humains est que le choix du timing de l’émission et la couverture des sit-in sur la question sont à l’évidence partiaux. Le jour choisi pour l’émission est celui où se tenait les à la va-vite des procès de trois présumés esclavagistes devant répondre aux chefs d’accusations de pratiques d’esclavage. Il a été précédée par :
1-    Une campagne tous azimuts de licenciement des domestiques et autres formes de employés de maison haratines aussi bien dans les centres urbains que dans certaines collectivités rurales ;
2-    Une couverture médiatique sans précédent par les organes de presse officielle de tous les sit-in organisés par les tribus des présumées esclavagistes écrouées en attendant leur procès.  Cette campagne s’est doublée d’une autre axée sur le dénigrement visant nommément des militants des droits humains. Pourtant les sit-in et la grève de la faim organisés par ces derniers, laquelle a été a conduit à un accord obtenu avec les représentant du gouvernement en vertu duquel les procédures réglementaires et juridiques d’enquête et du déferrement avaient été exécutées, ont fait l’objet d’un black-out total à la radio, le télé et la presse écrite du régime. Ces événements de grand intérêt médiatique et qui se situent au cœur des préoccupations de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et des ONGs spécialisés ont été donc complètement occultés…et sans que le Président de celle-ci, qui faisait partie des invités au débat, n’en paraisse offusqué. Pourquoi ? Je me ferai l’économie de répondre à une question dont tout le monde connaît déjà la réponse.
3-    Le choix de l’heure était, aussi, partial. Le début de l’émission coïncidait avec la lecture du fameux verdit dont le contenu n’était en réalité qu’un secret de polichinelle. Innocent ? J’en doute. Tous les invités susceptibles de contredire le discours officiel et de rompre la monotonie de litanies aseptisées du tout-va-bien-dans-le-meilleur-des-mondes, en l’occurrence, M. Boubacar Ould Messaoud, président de SOS- Esclaves, et Aminetou Mint Moctar présidente de l’AFCF étaient pris par le procès et leur absence ainsi orchestrée, a même été interprétée comme une politique de la chaise vide. Une si grosse ficelle n’a pas échappé aux téléspectateurs ; et d’ailleurs le caméraman, sur instigation sans doute du réalisateur de l’émission, se faisait un devoir de faire à chaque fois un gros plan sur les places restées vacantes tout au long de la première partie de l’émission. Le but des responsables politiques de l’Etat serait atteint n’eût été la vigilance des personnalités de bonne volonté qui ont alerté des proches du Président Boubacar Ould Messaoud et Mint El Moctar.
4-    la caméra trottoirs n’a interviewé, pendant toute l’émission, que les partisans du négationnisme de l’esclavage, donnant la parole aux parents des esclavagistes présumées lors de leurs sit-in. Le simple bon sens, la transparence et le professionnalisme dans une émission qui se voulait de débat contradictoire et de consécration des valeurs démocratiques exigeaient qu’au moins on prenne l’avis de ceux qui attestent l’existence de l’esclavage et encore et ceux qui  en pâtir. D’autant plus que ces derniers existent dans toutes les composantes et représentent la majorité écrasante des populations.
5-    Les débatteurs n’étaient pas en égalité sur le plateau, loin s’en faut. Si l’on accepte que le journaliste était…indépendant, il y avait un député connu pour être un thuriféraire invétéré du régime négationniste, un commissaire de police – sans commentaire – le fameux président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme qui ne déroge pas à la règle partisane, et un « cadre » haratine pour le décor dont le costume présage de la futur récompense.
6-    Dans la première partie de l’émission caractérisée par l’absence des présidents des organisations précitées, les invités et l’animateur ont tenté, rivalisant de zèle, de berner les téléspectateurs par des allégations fallacieuses. En vain, bien sûr. Ils se sont évertués à nier l’existence de l’esclavage traditionnelle en faveur de l’esclavage moderne dénommé « exploitation des mineurs » ; ce qui est inexact. La présence dans la deuxième partie de M. Boubacar Ould Messaoud et Mme Aminetou Mint Moctar a réorienté et ramené au vrai sujet - l’esclavage par ascendance – obligeant les débatteurs de l’autre camp à réorienter leur discours dans une volte-face pour le moins pitoyable. Tous se sont finalement résolus à confirmer l’existence effective de ce phénomène séculaire mettant ainsi terme aux tentatives d’amalgame et de diversion auxquelles ils s’étaient livrés au cours de la première partie de l’émission. Les arguments pertinents et irréfutables des Présidents Boubacar Ould Messaoud et Aminetou Mint Moctar ont, en effet, vite fait de confondre  leurs vis-à-vis. Ils ont mis à nu l’insuffisance de la loi N° 0047-2007 restée lettre morte, l’absence de volonté politique de lutte contre l’esclavage manifeste dans le maintien des programmes sociaux et économiques ayant montré leur échec, l’absence totale de campagne de sensibilisation et d’information sur ces pratiques, la démission des imams et érudits face aux malades qui, à tort, s’évertuent à légitimer leurs pratiques esclavagistes par l’islam…

On ne saurait terminer sans mettre en exergue la conclusion tiré par Ould Nemine, l’animateur du débat. Il adit « Nous déduisons à l’unanimité que l’esclavage existe encore en Mauritanie ». Et là, précisons, qu’il s’agit bien de l’esclavage par ascendance, autrement dit, l’esclavage traditionnel.
Le tabou subsiste encore. Tant que le commissaire ou l’inspecteur de police chargés d’instruire les dossiers d’esclavage et, surtout, l’appareil judiciaire dont dépendent les mécanismes d’évacuation des dossiers, sont soumis au diktat du pouvoir et à la lourdeur administrative tributaire des obstacles psychologiques, le règlement de la question d’esclavage n’est pas pour demain. Le cas de M’Barka Mint Essatine et Aïchetou Mint MBarck respectivement esclaves de Ehel Lehreytani et Ould Leveyjah et autres sont là, têtus. Les autorités les ont esquivés et refusé d’engager les procédures requises pour juger les coupables. Mais ces manœuvres de défilement cachent mal la gêne, le sentiment de culpabilité et la honte que ressent le pouvoir face à ce problème. Mais dans la tête de ceux qui nous gouvernent, cela reste un tabou qu’ils n’hésitent pas à instrumentaliser contre quiconque l’évoque, susciter des susceptibilités communautaristes ou se donner le beau rôle comme dans le fameux débat « sans tabou » de Sidi Ould Nemine entre les différentes composantes nationalités.
Chacun a son défaut où toujours il revient.


Ethmane Ould Bidiel