Chronique sur mon Président 3 Imprimer
Jeudi, 07 Avril 2011 11:39

Mon président est fatigué. La journée était épuisante. Mon président gère beaucoup de choses à la fois, les amours, les interminables scènes de ménage, en plus de la gestion du pays, les ministères, les sociétés étatiques, les régions et des tas d’autres choses. Mais, c’est un peu trop étouffant pour un président amoureux et sincèrement jaloux d’avoir à surveiller chaque lopin du territoire, derrière chaque dune mouvante de l’Azeffal,  chaque roche sans âme de l’Adrar, chaque palmier,  chaque plante de la vallée du fleuve, chaque chameau errant dans le désert immense…etc. C’est vrai, que si le président n’avait pas à gérer ses amours exogames, il aurait, sans arrière pensée, laissé ses représentants, ministres, gouverneurs, préfets, directeurs et autres collaborateurs proches et lointains, gérer les affaires les concernant. Or, les fortes passions sont intimement liées à la méfiance. Ce qui rend la gestion des affaires publiques des plus délicates sous le règne du président passionné. Car, avec autant de collaborateurs, autant de sous, autant de fonciers, on n’est jamais à l’abri d’un cocuage. L’IGE ne peut pas tout contrôler. Ce n’est pas possible.
Il semble que la plupart des ministres ont compris la portée sentimentale des amours qu’éprouve mon président aux sous, aux biens roulants et fonciers. Certains, parmi eux, pour paraître d’une morale irréprochable, au dessus de tout soupçon sentimental à l’adresse des sous et amours présidentielles, ont un peu travaillé leur physique. Ils ont observé, pour que mon président ne les voie qu’en hommes désargentés, faiblis et sans charme,  une diète rigoureuse. Ce régime d’exception, ils l’accentuent par des exercices physiques soutenus. En plus, ils laissent pousser une barbe de cinq jours, hirsute. Ils se privent de couper leurs ongles. Et, ils se drapent de fripes. Tout cela bien sûr pour qu’ils soient considérés par mon président comme des pauvres. Par ce qu’ils savent que mon président aime les pauvres pour leur dénuement et l’absence de sous, de toits et de moyens de locomotion. C’est un peu ce qui fait leur charme, pour le président jaloux. Il leur fait confiance. D’où la fameuse appellation ‘’ Président des pauvres. Certains ministres observent même un jeûne, pendant soixante-douze heures, non stop, avant la réunion hebdomadaire du conseil des ministres. Ils viennent au conseil dans un état de désolation qui leur rend encore plus sympathique aux yeux de mon président. Plusieurs cas de perte de connaissance se produisent, semble-t-il, en pleine réunion. Il n y a pas un jeudi, où un ministre ne  tombe évanoui. Mon président se délecte à chaque anéantissement ministériel. Puisque, chaque syncope ministérielle est synonyme de sa propre virilité, de sa vigueur d’homme jaloux bien aimé des sous, du foncier et des voitures qui roulent…


A suivre…

Mouna Mint Ennass