Ne perdez pas de vue les réalités de votre chère patrie Imprimer
Jeudi, 31 Mars 2011 12:13

Il est évident que Bouazizi quand il a tenté de se suicider par immolation devant le siège du Gouvernorat de Sidi Bouzid n’imaginait pas la suite de son acte comme les premiers manifestants, qui l’ont soutenu dans sa région pour différents motifs, ne croyaient pas, eux aussi, que leur action allait conduire aux changements auxquels nous avons finalement assistés en Tunisie et ailleurs. Ces émeutes et protestations ou révolutions -comme il plait à certains de les ainsi appeler- avaient eu peut être, à un certain moment, un objectif final bien connu, mais les vrais mobiles semblent devenir très différents d’un pays à l’autre même si les approches et les procédures utilisées l’ont parfois caché.
S’agissant de vous, « Jeunes mauritaniens du 25 Février », vous avez eu le temps de bien étudier les expériences des autres pays secoués par ces Intifada et ce dans le sens de pouvoir éviter les erreurs commises et valoriser davantage les points forts qui ont visiblement dérangé ceux qui craignent un changement radical dans la sous-région ; le passage d’une révolution pacifique et civilisé à une révolution armée, montre qu’un troisième larron est, en effet, entré en ligne. 

Votre mouvement doit alors tenir compte, dans ses objectifs et ses actions quotidiennes, des multiples réalités historiques et actuelles de notre pays et de s’éloigner ainsi du mimétisme, par fois aveugle, qui caractérise généralement notre société, notamment dans le domaine économique.

Parmi ces réalités, on peut citer surtout le multi-ethnisme et le tribalisme avec les inégalités sociales qu’ils comportent en leur sein sans négliger les séquelles de l’esclavagisme sur lesquelles tirent encore des forces nationales et étrangères sous couvert de la défense des droits de l’homme. Pire encore, certains hommes se rappellent encore du temps des Emirats et d’autres types d’organisation qui les ont précédés avant la naissance du pays sous ce nom de « Mauritanie ».

Une opposition qui risque de perdre aux prochaines élections législatives ou qui espère dans tout changement inopiné une chance d’hériter la magistrature suprême, serait en mesure d’encourager un désordre qui pourra, au lieu de lui être salutaire, devenir fatale pour l’avenir du pays tout entier.

La richesse de nos côtes maritimes et du sous-sol, et la position géographique de notre pays, aiguisent déjà l’appétit des puissances étrangères dont la stratégie pourra consister, à termes, à nous diviser ou coloniser à distance à travers le choix d’hommes dociles et l’utilisation intelligente des instituions de Breton Wood, de l’aide bilatérale et des TICs. Ces conditions stimulent aussi l’ingérence des pays voisins et l’infiltration des migrants, infiltration que favorisent, entre autres, des frontières difficilement contrôlables et un état civil fortement fragile.

A propos, les réformes de cet Etat civil visant à finir avec une situation de confusion et d’opacité, créent des mécontentements et trouvent une forte opposition de la part de ceux qui ont profité de la naturalisation des étrangers ou de la double nationalité.

L’insertion des mauritaniens « rapatriés » du Sénégal et du Mali ou provenant de la Libye et de la Cote Ivoire et qui rend encore la tâche plus difficile pour le gouvernement, doit plutôt inciter à la solidarité et demande la contribution de tous dans la recherche de la stabilité et de la paix sociale.

Sur un autre plan, l’analyse des avantages tirés de l’Etat à l’échelle des tribus, des ethnies et de certaines sensibilités, et puis de la répartition des investissements sur l’étendue du territoire, peut constituer une autre source d’inquiétude pour ceux qui rêvent d’une justice sociale et de régions harmonieusement développées selon leur vocation.

Enfin, l’absence d’un contre poids, fragilise notre démocratie –comme d’ailleurs celle des pays déjà agités- et soumet les résultats des présentes révolutions au danger d’être volés par de nouveaux opportunistes, par les plus habiles parmi les piliers des systèmes déchus ou par une force d’occupation (un pays voisin ou étranger).

A la lumière de cette liste d’éléments dangereux et pouvant constituer un fonds de commerce pour tout ennemi, tous les mauritaniens sont interpelés pour (i) éviter tout comportement sensé faciliter l’exploitation de ce fonds par les adversaires et (ii) unir leurs efforts en vue d’approfondir ce diagnostic et de proposer, en commun, une stratégie et des mesures réformistes concrètes en conformité avec les moyens du pays et tenant compte de la conjoncture internationale.

En ce qui vous concerne, vous jeunes mauritaniens du 25 Février et toute la « génération facebook », vous devriez d’abord, méditer suffisamment sur ces événement d’actualité et ensuite, agir de manière à garantir la mobilisation et le soutien de la majorité des mauritaniens autour de votre cause. Car il vous incombe, comme au reste de vos concitoyens, une grande responsabilité dans la recherche de solutions aux vrais problèmes existants, mais aussi dans la préservation d’une existence fortement menacée de votre pays.

Afin de pouvoir réconcilier ces deux objectifs, seul à suivre l’exemple de Mohandas Karamchand Gandhi (Mahatma ou grande âme pour les Indiens) dont la philosophie de combat se fonde principalement sur la non violence et la détermination des hommes.
Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb