Que faire quand on rate sa cible ? Imprimer
Jeudi, 10 Mars 2011 12:14

Pour qui s’en rappelle, l’Ex-Président de la République Monsieur Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya avait entrepris, vers la fin de l’année 1998, une série de rencontres avec les Ministres, accompagnés de leurs proches collaborateurs et en présence de son MSG de la Présidence et de son Directeur de Cabinet. Lors de telles rencontres, il a reconnu les insuffisances de l’Administration et a demandé la contribution de tous dans la recherche de solutions. Suite à la rencontre avec le Département des pêches le 06 Mars 1999 et en réponse à cet appel, j’ai pris l’engagement de me lancer sur cette voie consistant à rendre publiques les défaillances de cette Administration et à proposer des solutions en fonction de la marge de liberté alors tolérée. C’était aussi l’occasion pour m’initier davantage au français puisque mes interlocuteurs remarquaient tous qu’en m’exprimant dans cette langue, je ne fais qu’une traduction simultanée de l’arabe. Autrement dit, l’auditeur sentait clairement que l’idée exprimée en français, au parler et à l’écrit, est préalablement réfléchie en langue maternelle.

Qu’on sache à cette occasion que s’il y a eu un progrès, c’est grâce d’un côté, à mon courage d’écrire publiquement des bêtises et de l’autre, à l’aide combien précieuse, apportée par Monsieur Saleh Ould Moulaye Ahmed et par Monsieur Fournier, ancien Conseiller français du Ministre des Pêches. C’est le lieu de leur exprimer toute ma reconnaissance et de leur renouveler mes vifs remerciements. 

Dans ces écrits d’apprentissage, seules étaient traitées les questions nationales qui font chaque fois l’actualité afin d’attirer l’attention des décideurs sur la réalité de note scène politique en ce qui concerne les préoccupations des citoyens et la position de la classe instruite par rapport à certaines décisions importantes du pouvoir ou à l’action quotidienne du gouvernement ; un autre but implicite était celui de susciter un dialogue sur cette scène en provoquant surtout l’élite intellectuelle ou ceux qui gagnent de la politique leur pain quotidien. Loin de moi a toujours été l’idée de faire louange d’un pouvoir ou de critiquer, de par une position quelconque d’opposant, la politique menée par celui-ci.

Restant fidèle à cet engagement et profitant de la grande liberté d’expression accordée aux citoyens depuis l’avènement du 06 Août 2008, j’ai continué le même exercice ou la même mission ; dans Horizons du 05 Août 2009, date de l’investiture du Président de la République, j’ai directement adressé, à son excellence, une lettre qui se terminait par «  Enfin, Aziz doit rester indépendant, méfiant et décisif et éviter alors de devenir prisonnier de ceux qui l’ont sincèrement soutenu parmi les parents, les amis proches et les cadres de tous bords. Il doit alors se montrer –et l’être réellement dans la pratique- le Président fort de tous les mauritaniens ».
S’agissant des nouveaux soulèvements populaires auxquels on assiste depuis janvier, j’ai leur réservé une série d’articles sachant que tout observateur averti reconnaitrait que l’actualité nationale est aujourd’hui inséparable de celle de la sous-région, caractérisée par une succession d’évènements imprévisibles, parfois illogiques et dont les conséquences vont certainement surprendre ou décevoir leurs auteurs et les opportunistes parmi les politiciens qui sauteront pour exploiter les situations nouvellement créées ou qui se créeront. Il a été alors question de comparer les évènements qui s’enchainement depuis la Tunisie dans le reste des pays arabes au vent qui a soufflé sur les anciens pays de l’Est à partir de 1989 et de prédire l’expansion de ce phénomène de révolution à l’Afrique noire et aux limites, à l’est comme à l’ouest, de notre globe.

Dans cette série d’articles, j’ai eu à interpeler le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz pour qu’il redynamise l’action du Gouvernement  du Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, de l’UPR, des Partis de la Majorité présidentielle et de la Société Civile en vue de prémunir notre Mauritanie d’un danger visible à l’horizon et dont la progression est, à partir de l’analyse des faits, plus que prévisible. Il s’agissait principalement de dire à son excellence de voir, dans quelle mesure, on pourrait suspendre provisoirement certains parmi les grands projets de développement en faveur de l’augmentation des salaires, de la maîtrise des prix de façon générale, de la subvention de 5 ou 6 produits de première nécessité et de la création de nouvelles opportunités d’emplois.

Cette interpellation, synonyme de conseil ou Al Nassouha, devoir de tout musulman, une partie des lecteurs semblent malheureusement la détourner de son véritable sens et contexte qui, tous deux, consistaient tout simplement à attirer l’attention du Président de la République sur certaines insuffisances du programme « Solidarité 2011 » et à lui proposer des mesures qui pourraient constituer le noyau d’une stratégie permettant de contenir le mécontentement des populations et d’éviter tout dérapage dont les conséquences pourraient s’avérer catastrophiques pour nous tous.

Pire encore, d’autres lecteurs ont vu en moi, à travers cette audace ou honnêteté d’exprimer des avis qui peuvent parfois fâcher, un opposant au régime ; opposant qui tente habilement de dissimuler sa vraie position politique en reconnaissant, par-ci et par-là, quelques réalisations et bonnes orientations du Président de la République, de son gouvernement et de son parti politique.

Où est alors la vérité ? Pour éviter d’être juge et parti, je vous laisse vous, chers lecteurs, le soin de répondre à cette question après avoir relu les articles publiés sur le site Cridem les 19 et 25 Janvier puis les 17, 20 et 28 Février 2011.

En ce qui me concerne, je suis convaincu que je n’aurais été aujourd’hui sur le banc d’accusation si les intellectuels et hommes politiques avaient développé un sérieux dialogue autour du contenu desdits articles ou si les conseils fournis avaient été pris en considération, ne serait-ce que partiellement, par les hautes autorités de l’Etat à l’adresse desquelles ces écrits étaient prioritairement adressés.

Enfin, la vraie question devrait plutôt être, à mon avis, « Que faire quand on rate sa cible ? ». La bonne décision ne sera, en aucun cas,  le recul ou la démission.