L’Intifada tunisienne dans le dictionnaire politique des pays en voie de démocratisation Imprimer
Mercredi, 26 Janvier 2011 11:21

Les évènements de la Tunisie continuent de préoccuper les médias pour leur caractère sensationnel et les cercles des pouvoirs en place qui craignent une généralisation de l’expérience tunisienne, notamment en ce qui concerne le suicide des jeunes et le soulèvement populaire. Ces évènements préoccupent également les hommes politiques et politicards, les intellectuels, les syndicats et organisations socioprofessionnelles et enfin, le reste de la société civile non organisée, appelé génériquement « le peuple ». Le dictionnaire politique des pays en voie de démocratisation donne une définition à chacun de ces différents acteurs se rapportant essentiellement au caractère éthologique ou comportemental dans le jeu d’accès au pouvoir et du maintien de celui-ci le plus longtemps possible.

Pour ce qui est des « médias » ou quatrième pouvoir, ils se définissent par leur mission traditionnelle consistant essentiellement à informer le public et à former une opinion (publique) pour ou contre par rapport à un évènement qui fait chaque fois l’actualité locale, nationale ou internationale. Les plus professionnels des médias sont ceux qui arrivent généralement à relativiser d’un côté, les échecs des amis et de l’autre, les réalisations des ennemis. Ainsi, cette mission n’est malheureusement accomplie de manière vraiment neutre et impartiale que quand il s’agit de traiter, s’il existe, un sujet relatif à l’espace compris entre ces deux  (2) précédentes situations extrêmes (cas d’amis ou d’ennemis). 

Dans le cas de l’Intifada de la Tunisie, la volonté de certains médias d’en faire un exemple à suivre, notamment par les peuples des pays arabes, dérange certainement les dirigeants dans l’espace géographique visé ainsi qu’une grande partie de ceux qui gravitent autour de tels dirigeants ou qui profitent, à tort ou à raison, de leur pouvoir. 

Les « cercles du pouvoir » désignent, outre les détenteurs de la décision et les politicards, une partie des hommes politiques, des intellectuels, des Religieux, des Notables et des organisations socioprofessionnelles. Plus explicitement, il s’agit d’hommes, dans la plupart des cas, dontables, complaisants  et dont le soutien n’est jamais gratuit.

Les « hommes politiques », différents des politicards, constituent une classe distincte, très limitée en nombre et hétérogène de tous les points de vue et dont une partie s’arrange  généralement,  dans le cadre  de partis politiques ou à l’échelle de groupes et d’individus indépendants, du côté du pouvoir (majorité) et une autre, au camp adverse (opposition).

La « Majorité » serait alors constituée des « cercles politiques » tels que définis plus haut alors que « l’opposition » se définit, selon le même dictionnaire, sur la base de la nature des hommes qui la compose et de la manière dont ces hommes se comportent, au cours et en dehors des échéances politiques, vis-à-vis du Président en exercice, du gouvernement et du peuple.    

A cet égard, il y a d’abord l’opposition constituée de ceux qui n’ont pas trouvé de place dans le rang, souvent trop long, conduisant aux centres d’intérêt dans la Majorité et qui, de par leurs origines sociales et passé politique, ne peuvent rompre avec les cercles du pouvoir. Pendant les inter-mandats présidentielles, cette opposition fait recours à toutes les manœuvres possibles et imaginaires pour partager ouvertement le pouvoir avec la majorité, filtrer des membres dans l’appareil de l’Etat ou prendre le prix d’un rôle qu’elle peut jouer en dehors de tout contact direct avec ladite majorité. A chaque élection présidentielle, cette opposition se présente à la magistrature suprême ; son seul but étant d’arriver au pouvoir et de gérer les affaires de l’Etat de la même manière, mais au profit, cette fois-ci, de ses membres, d’autres  tribus ou ethnies, d’autres régions  et, parfois, d’autres pays.

L’autre opposition, qualifiée souvent de radicale et dirigée et encadrée par une infime partie des « hommes politiques », des intellectuels et des organisations socioprofessionnelles, en particulier les défenseurs du droit de l’homme. La particularité  de cette forme d’opposition est qu’elle ne parvient jamais au pouvoir à travers les urnes malgré la pertinence de son programme, la valeur intrinsèque de ses leaders et leur crédibilité auprès de larges franges de la population. Sa seule chance d’accéder au pouvoir c’est quand surviennent des circonstances particulières tels que les coups d’Etat ou les soulèvements spontanés du peuple.

L’opposition téléguidée et prise en charge par l’étranger dans le but d’en faire un moyen de pression et de déstabilisation de tout pouvoir en place, peut réellement exister comme elle peut être une simple création dans les esprits des populations de la part du système.

La force qui éveille les masses, les façonne idéologiquement et déontologiquement, et les encadre, en constituent les « intellectuels ». Cette classe qui s’apparente beaucoup avec celle des artistes, c’est elle aussi qui, dans la pratique, confectionne les stratégies et tisse les réseaux d’accès et du maintien du pouvoir ou pour contenir, le cas échéant, toute manifestation de révolte du peuple. Ce rôle, joué en faveur du pouvoir par les intellectuels et les artistes, est souvent renforcé par l’action de la majorité des différentes formes d’organisations socioprofessionnelles et des forces traditionnelles (Notables et Hommes religieux).

S’agissant enfin du « peuple », il représente un ensemble ouvert et constitué d’individus objets souvent de toutes sortes d’injustice et qui sont, par définition, honnêtes, transparents, naïfs, crédules et suivistes. Si l’ignorance, la pauvreté et l’oppression justifient certains parmi ces qualificatifs, c’est également la pauvreté, l’instruction et l’oppression qui peuvent métamorphoser le peuple et le rendre, au bout du désespoir, capable de créer les miracles « Al Mouajizat ».

A propos, ces capacités potentiellement cachées en tout peuple, font qu’il est redoutable et sont à l’origine aujourd’hui de ce sentiment généralisé d’un avenir incertain qui gagne tous les dirigeants des pays en voie de démocratisation dans le monde arabe et partout ailleurs.

Concernant les similitudes entre les peuples arabes, elles existent certes, mais se trompent ceux qui croient que la situation dans tous ces pays est la même et est comparable à celle qui a prévalu en Tunisie avant les derniers mouvements de son peuple.

C’est l’occasion de rappeler aussi que cette Intifada tunisienne, au lieu d’annoncer un changement fatal partout, n’est qu’un simple avertissement pour les dictateurs et un message digeste pour tout dirigeant responsable du destin d’un peuple. Il est vrai qu’un fruit, à la hauteur de l’ambition des vrais révoltés et de leur sacrifice, reste encore incertain car la machine des opposants au changement est mise en marche -partout d’ailleurs- et l’action habile et rusée des « Anciens » risque de conduire au retour à la case de départ ou au payement, pour un acquis moins ambitieux, d’un nouveau prix qui risquerait d’être beaucoup plus cher pour le peuple tunisien et le pays tout entier.

S’agissant de la Mauritanie, la situation se caractérise par un Président jeune, élu démocratiquement il y a moins de deux ans, par une liberté d’opinion et d’expression                                                                                                                                                                         avérée, par une volonté ferme d’instaurer un Etat de droit, de lutter contre la gabegie et les prévaricateurs, et enfin d’orienter les résultats de la croissance économique en faveur des pauvres ; la reconnaissance de partis et associations d’obédience islamiste et nationalistes puis notre solidarité sociale, en tant que forme de partage de la richesse basée traditionnellement sur les liens de parenté et les enseignements de l’Islam, contribuent grandement à la paix sociale. L’ouverture de la société mauritanienne, ses fondements sociaux, le nombre limité de sa population et la propagation des technologies de l’information et de la communication, ont fait que le peuple mauritanien considère que l’ère de la propagande et de la démagogie est révolue de manière définitive et irréversible.

Compte tenu de tout cela, le Président de la République, le Gouvernement et l’Union Pour la République (UPR) doivent, avec l’appui de la Coalition des Partis de la Majorité (CPM) et la société civile, élaborer et appliquer, d’urgence, une stratégie fondée sur une analyse approfondie de la situation nationale, sous-régionale et internationale. Celle-ci devra pouvoir capitaliser les nombreux atouts dont dispose le pays et le pouvoir en place afin de créer les conditions d’une plus grande cohésion et adhésion du peuple au programme électoral du Président de la République et à celui des élections municipales et législatives, prévues vers la fin de l’année en cours.

La maîtrise des prix des produits de première nécessité et des procédures d’attribution des marchés publics, la modernisation de la fonction publique, l’amélioration des conditions de vie de son personnel et le respect de critères objectifs pour la nomination dans les postes techniques, la création de nouvelles opportunités d’emploi sur les trois (3) années à venir, seraient des mesures prioritaires.

La révision de l’organigramme de l’Etat et le choix des hauts responsables sur la base de leur technicité (technocrate) ou de leur poids électoral puis le respect du principe « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut », sont d’autres exemples  de mesures ayant leur importance pour beaucoup de citoyens avertis.

Au niveau de l’UPR, des voix se lèvent pour réclamer l’application de critères objectifs et transparents quant au choix des membres des structures dirigeantes du parti et des candidats lors des élections municipales et législatives prochaines tout en respectant, dans la mesure du possible, les enjeux locaux.

L’ouverture, le dialogue, la franchise, l’éthique, la morale, la justice, l’égalité des chances, l’unité nationale, etc., restent des mots-clés autour desquels devra se construire la stratégie recommandée en vue de prémunir notre pays d’un éventuel élargissement de la crise tunisienne ou de son exploitation par ce qui est communément appelée «l’opposition négative».


Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb