Edito n° 606 Imprimer
Jeudi, 10 Mars 2011 11:48

Il est clair que nous traversons une période trouble. Les répercussions de la révolution arabe ne peuvent nous épargner. Du Bahreïn à la Lybie, les peuples se réveillent et crient  leur ras le bol. Les systèmes politiques tremblent mais aussi les arcanes qui soutiennent l’existence des nations.
Sommes-nous assez bien assis pour résister au choc ?
Il y a le fait que nous avons une classe politique qui ne sait pas lire avec les lunettes du présent.
Le pouvoir se complait de plus en plus à écouter les voix chantantes de ses applaudisseurs. Le zèle malsain et hypocrite est souvent assimilé au militantisme. Les jeunes manifestants de notre « place Tahrir » si immatures et si peu nombreux se sont vus envahir l’autre jour par une masse de faux militants du parti au pouvoir venus crier leur dévolution aux autorités. Le résultat : ces héros d’un jour « prêts à défendre le Président » ont été obligés de s’enfuir honteusement devant une attaque menée par  de petits voyous qui eux comprennent bien que ces « militants » ne sont venus que pour se  faire voir et quémander des faveurs. Le malheur, c’est que cette race de « militants de l’UPR » se retrouve de plus en plus dans les arcanes de l’Etat et de l’administration. Le langage de bois reste aussi la règle dans les médias publics qui chantent chaque moment, à tue-tete, le Président, sa sollicitude pour les mauritaniens de l’extérieur, son poisson, ses boutiques… Tout ce qui se fait se fait en son nom. Vieux discours de tous les régimes et que connaissent bien ces pouvoirs arabes qui tremblent ou sont déjà tombés.
Dans nos médias comme d’ailleurs partout la médiocrité est un critère essentiel pour le choix des responsables, tant il est vrai que ce sont toujours les plus médiocres qui affichent le plus bruyamment leur amour immodéré du « Patron » 
Ajoutez à cette insulte de chaque jour faite à l’intelligence des gens, l’appauvrissement visible de la classe moyenne, le grognement des plus pauvres et la mine des mauvais jours affichée par le monde des affaires.
L’opposition classique, qui aurait dû être prête à remplir l’office revendicatif, n’a plus de voix. La jeunesse ne sait plus se reconnaitre en ces vieux opposants au langage trop passéiste et qui ne comprennent plus le langage d’aujourd’hui. Leur totale incapacité à impulser le changement est connue et reconnue par les jeunes…
Que reste-t-il donc comme voix alternatives. Une jeunesse «facebook», fort peu cultivée, fort peu expérimentée, fort peu organisée et qui crie «changement» sans savoir au juste où aller. C’est là un danger certain pour l’avenir, un danger qui ne saurait être conjuré si la classe politique de tous bords n’accepte pas de s’écouter et d’écouter le peuple et la jeunesse.