Edit Imprimer
Mercredi, 05 Juin 2019 18:15

La campagne électorale pour le scrutin présidentiel s’ouvre le 07 juin. Elle s’annonce plus ou moins calme. Du moins jusqu’ici. Les six candidats s’emploient à se projeter, par personnes interposées, sur l’ensemble du territoire national.

Chaque état major se penche sur la confection de la liste des responsables de sa campagne. Et chaque candidat a défini le point de lancement de ses activités de propagande, espérant se faire entendre par le maximum des citoyens afin de remporter la mise le 22 juin prochain.

Dans son discours adressé à la nation, à l’occasion de la fête du Fitr, le président sortant et non candidat à sa succession a convié les citoyens de faire de ce scrutin l’occasion de prouver «votre attachement à la patrie et à la démocratie, votre maturité politique et d’aborder cette élection dans un esprit de compétition responsable et dans un climat de tolérance, de fraternité, loin de la crispation, de l’aigreur et des discours d’intolérance et de division ».

Curieuses recommandations de ce ‘’livre qui invite à utiliser l’eau sans jamais le toucher’’. En effet cet homme, aux commandes du pays depuis une décennie et qui contrôle le jeu jusqu’à ses plus petits détails, donne pourtant l’impression de ne rien faire pour calmer la situation et préparer les conditions d’une transition apaisée qui arrange tout le monde – à commencer par lui-même- et prémunit le pays des lendemains chaotiques des scrutins unilatéraux.

Pourquoi le pouvoir a-t-il, le cas échéant, refusé de s’entendre avec une opposition prête à avaler toutes les couleuvres ? Pourquoi a-t-il rejeté, après accord, la nomination à la CENI de trois membres désignés par l’opposition, à un mois de la date du scrutin et à un moment où l’institution a déjà affecté ses démembrements à l’intérieur du pays ? Pourquoi a-t-il, en plus, confié l’impression des bulletins de vote à un novice qui soutient, de manière ostentatoire, le candidat du pouvoir ?

Sans parler des ministres en activité membres du staff de campagne de l’un des candidats et des nominations continues et en masse du conseil des ministres. Pourtant l’occasion est belle pour pacifier notre scène politique agitée depuis dix ans et, pour le pouvoir de Aziz, de finir sur une note positive.

Ce n’est pas, en effet, la première occasion gâtée par le président Aziz pour inscrire son action dans le sens de l’histoire avec un grand H, préférant plutôt la stratégie du fou : perturber le jeu établi, être imprévisible, brandir sans cesse des menaces et des invectives pour déstabiliser ses adversaires et les obliger à faire des concessions unilatérales.

Cette manière de faire est peut-être payante dans la gestion des affaires personnelles, mais elle est franchement dangereux dans la conduite des Etats.