L’UPR : Dernier bastion à conquérir Imprimer
Lundi, 16 Décembre 2019 12:34

Tous les indices portent à croire que les relations entre Ghazouani et Aziz se sont gâtées pour de bon. La gourmandise de l’un et la détermination de l’autre à gouverner pleinement ont abouti au crash. Et ont surtout convaincu Ghazouani, longtemps hésitant, à se lancer pleinement dans la bataille avec les moyens importants dont dispose un chef d’état en Mauritanie.

Après le contrôle de l’armée et du parlement, le président Ghazouani est résolu à affirmer son autorité sur l’UPR dont le congrès, principale préoccupation actuelle du pouvoir, est fixé au 28 et 29 décembre. Une commission des ‘’amis’’ (les ministres : O. Abdelvettah, Ould Merzoug, Coumba Bâ et les députés : Hamadi Ould Meymou, 1er vive président de l’Assemblée, et Die Ould Diah, président du groupe parlementaire de l’UPR) est chargée de veiller à la préparation des assises du parti-Etat.

Cette commission s’est réunie vendredi soir (13 décembre) avec le président Ghazouani, en présence du premier ministre, Ismail Ould Cheikh Sidiya. Un seul point à l’ordre du jour : les préparatifs du congrès de l’UPR.

Au cours de ce conclave, il a été décidé que le PM, jusqu’ici hors de la bataille, aille ‘’au charbon’’. Et joue pleinement le rôle que lui confère son poste : président de la Majorité présidentielle. Cela veut dire qu’étant donc chef d’orchestre, le premier ministre a pris en charge la bataille d’organisation du congrès de l’UPR.

Cette approche offre le double avantage d’éloigner le président de la République des querelles politiciennes, le met à l’abri des disputes quotidiennes du parti et hors de portée du tireur embusqué O. Abdel Aziz qui aura, s’il continue à s’intéresser à l’UPR, un vis-à-vis qui n’est pas Ghazouani mais son premier ministre. Acceptera-t-il de ‘’s’abaisser’’ à ce niveau ? Difficile à en croire, tant l’homme possède un ego hypertrophié…

L’engagement du PM sous-entend celui de ses ministres et de l’administration de manière générale. Les membres de l’actuel gouvernement, en grande partie des technocrates, sont donc appelés à s’impliquer dans la préparation du congrès du parti. Une mesure d’autant plus importante que les délégués de l’UPR, qui a enregistré plus d’un million d’adhérents lors de sa dernière implantation, se comptent par milliers. Et il semble urgent pour la commission de préparation de les identifier d’abord avant de pouvoir les mobiliser pour les nouvelles orientations du parti qui se résument en réalité en une seule : Ghazouani unique référent de l’UPR.

Même si à moins de deux semaines de la tenue du congrès de  l’UPR les traditionnelles commissions d’organisation n’ont pas encore été mises en place, la machine de la propagande des parti-Etat, l’administration territoriale, aurait déjà été mise en branle pour ‘’orienter, mobiliser et propager la nouvelle bonne parole –de Ghazouani-‘’. Les délégués issus de certaines régions(Nouadhibou, Trarza…) ont déjà annoncé leurs ‘’couleurs’’ : Ghazouani et son programme ‘’Mes engagements’’. Les autres régions ne tarderont certainement pas à leur emboiter le pas. Le cas échéant, où se positionnent Aziz et ses deux principaux soutiens, Seyedna Aly et Boidjel ?

Hors jeu

Mohamed Ould Abdel Aziz, qui vivrait désormais très mal sa retraite, s’est retiré depuis quelques jours dans sa propriété privée, située à quelques encablures de la nouvelle cité de Bénichab (Inchiri). Est-ce un abandon de la bataille, voire une abdication ? Ou s’agit-il plutôt de se donner le moment et l’opportunité de méditer sa situation loin du vacarme de la ville de Nouakchott ? Aucune indication de la part de l’intéressé qui aurait reçu, en début de weekend, ses derniers lieutenants qui ne l’ont pas quitté : le président et le vice président de commission provisoire. Que se sont-ils dits, lui et ses derniers fidèles ? Là également, peu ou pas d’informations. Rien n’a filtré de ce conclave qui donne bien l’impression d’être la réunion d’un clan politique qui est en train de se dessiner ou de naitre à l’intérieur ou en dehors de l’UPR…

Il y a en effet ceux qui estiment que ce trio envisagerait déjà le lancement d’une formation politique concurrente de l’UPR, mais qui chasse sur le même terrain que lui. Ils compteraient sur la ‘’popularité’’ de Aziz au sein de l’opinion.

Si cette information venait à se confirmer, elle va certes nourrir beaucoup de débats et provoquer des doutes et des interrogations dans l’opinion, mais elle risque de ne pas attirer de soutiens importants, tant il est établi que les mauritaniens n’aiment pas militer contre le pouvoir et que les initiateurs de l’hypothétique projet n’ont pas de grandes traditions dans la lutte politique, les traversées de désert et l’opposition aux régimes.

 

D’autres commentateurs estiment que ces personnalités auraient décidé de ne pas sortir de l’UPR et de se battre en son sein. Ceux-ci croient que Mohamed Ould Abdel Aziz assisterait lui-même au congrès et qu’il pourrait même se porter candidat à sa présidence. Une hypothèse qui parait invraisemblable, car l’autre bord a déjà tout verrouillé. Alors que restera donc à l’ancien président et ses amis ? L’aventure, peut être !