Amendements Constitutionnels : Unanimes pour transformer l’échec en Victoire… Imprimer
Jeudi, 17 Août 2017 10:29

Le suspense n’a pas duré longtemps. Le Conseil constitutionnel a en effet publié, mardi 15 août, les résultats du fameux référendum du 05 août dernier sur les amendements constitutionnels. Sans surprise, il a approuvé le travail de la CENI pourtant entaché, selon ses détracteurs, d’innombrables irrégularités.

Le pouvoir attendait ‘’sur la pointe des pieds’’ ce moment pour promulguer sans tarder la loi, ce qui lui permet de se débarrasser tout de suite du Sénat qui semble tant irriter le président Aziz… Les autres amendements peuvent attendre encore, le temps  pour le chef  de ‘’respirer’’ l’air post Sénat et de reprendre son souffle après un scrutin franchement calamiteux, à tous les niveaux.

Le président Aziz s’impatientait beaucoup et le monde officiel s’interrogeait  sur le ‘’long retard’’ (sic) pris par le Conseil constitutionnel dans la proclamation des résultats définitifs du scrutin référendaire du 05 août. Même si ce dernier a fait moins d’une semaine pour proclamer le résultat de ses travaux, l’attente devenait de plus en plus interminable, tant  il fallait régler au plus vite le compte de ce Sénat ‘’qui a tant fait souffrir le pays’’. Cette heure tant attendue a sonné mardi, 15 août, dans la matinée…

Afin de rendre ce moment solennel, il a été transmis en direct, à la Radio et à la Télévision. Et pour que l’opération soit un succès, rien n’a été laissé au hasard. Parés de leurs tenues officielles, les neufs membres de l’institution étaient tous là. Au centre du groupe a pris place le président Sghaïr Ould Mbareck. En face de lui, il y avait les invités d’honneur dont les deux ex présidents du Conseil constitutionnels : Ould Bounama et Ould Ely Salem…

Une fois que tout a été mis en place, Sghaïr commença la lecture de la délibération du Conseil qui confirme à la lettre le travail de la CENI et qui se termina par la proclamation officielle des résultats du référendum. On apprendra de sa bouche que le Conseil constitutionnel a rejeté des recours en annulation déposés par d’illustres inconnus. A-t-il même pris le temps de les examiner et pourquoi les a-t-il rejetés ? Pas de détails sauf que certains de ces recours ont été déposés juste la veille de la proclamation officielle des résultats du référendum…

Une fois proclamés par le Conseil constitutionnel, les résultats du référendum ont été tout de suite promulgués par le président de la République pressé de mettre à exécution sa promesse ou plutôt sa menace contre les sénateurs, ses ‘’33 traitres’’.

Dans la foulée, le ministre de la Défense, Diallo Amadou Batia, qui avait déjà présenté et défendu le projet de révision constitutionnelle devant le parlement, et Mohamed Lemine Ould Cheikh, ministre de la Culture et porte-parole du gouvernement, convoquèrent  une conférence de presse au cours de laquelle ils annoncèrent la disparition effective du Sénat, tandis que le drapeau et les autres institutions concernées par la réforme constitutionnelle, ajoutent-t-ils, continueront à exister  jusqu’à l’adoption des décrets d’application les concernant.

Et Après ?

Au cours du dernier meeting du la campagne du Oui tenu à Nouakchott, le président Aziz, surexcité, réclame le taux de participation le plus élevé.  La grande réussite de ce rassemblement  autorisait une telle attente. Mais c’était sans compter avec le fait que cette hyper mobilisation était tout simplement fausse et ne reflétait point la vraie attitude de la grande partie des électeurs qui, sans être obligatoirement engagés  dans le camp de l’opposition, avaient tout simplement boudé le scrutin référendaire. Cela est d’autant plus visible que le taux de participation de 53%, réalisé au forceps, a été atteint de tout l’avis de tout le monde, de l’avis  grâce à la fraude, vulgaire et massive : 100% de participation dans un bureau, plus de onze mille votants dans un autre, plus de civisme dans la campagne que dans la ville… Bref un bourrage des urnes qui nous ramène à l’ère pré démocratie dans le pays. Un véritable retour en arrière qui n’agrandit personne.

Pourtant le pouvoir et ses soutiens semblaient ignorer l’impopularité du référendum du 5 août à tel point qu’ils organisèrent une grande cérémonie, samedi soir, au palais des Congrès pour fêter ‘’l’écrasante’’ victoire du Oui. La fête n’aura finalement pas lieu, la CENI ayant fait deux jours pour compiler –ou corriger, selon certains- les résultats. Du jamais vu chez nous où le taux de participation, unique enjeu du scrutin référendaire, était généralement fourni juste après la clôture des bureaux de vote à 19h. Comment la CENI n’a-t-elle pas pu fournir ce chiffre avant la proclamation des résultats, elle qui avait donné pourtant une estimation du chiffre de la participation à la mi-journée du 5 août ? Incompétence ou opération de manipulation des résultats ? Peu importe. Le référendum qu’on croyait une promenade pour le pouvoir du président Aziz s’est retourné finalement contre lui. Même si le président lui-même est allé défendre publiquement une victoire politique, ce n’était qu’une manière comme une autre de décréter une victoire qui n’en est pas une pour cacher un camouflet et encourager les soutiens réveillés ce jour là avec la gueule de bois.

Bien avant cela, sur le plateau de la télévision nationale, les collaborateurs du président, apparemment peu informés sur la réalité de la participation, revendiquaient un succès populaire des choix du président de la République pour la Mauritanie. Une langue de bois qui ne fait pas honte à des cadres transformés en vulgaires laudateurs souvent poussés par l’unique logique animale de leurs intestins.

Le microcosme nouakchottois brouisse de rumeurs et de scénarios contradictoires  plus fous les uns que les autres sur l’état psychologique du chef (un élément important dans l’analyse de la situation) qui serait, dit-on, monté contre ses collaborateurs qui lui cacheraient la vérité. Et qu’il est, cette fois-ci, décidé à sévir contre eux. Un constat qu’on a toujours entendu même pendant le règne des autres présidents avant Aziz. Mais ce qu’on ne sait pas ou qu’on cherche même parfois à occulter c’est que la responsabilité première de cette mauvaise situation incombe d’abord au chef avant ses collaborateurs. C’est lui en effet qui a été, même théoriquement, élu par le peuple. C’est lui qui a choisi des collaborateurs qui lui obéissent aveuglement ‘’sans murmure ni hésitation’’ et c’est lui, enfin, qui définit ce qui tient lieu d’orientation de la politique générale du pays.

Dans le cas échéant, il est difficile de comprendre ce que gagne, politiquement, le président Aziz d’amendements constitutionnels franchement impopulaires et qui créent tous les désordres chez un citoyen mauritanien qui avait déjà toutes les difficultés d’intégrer la notion d’Etat dans son esprit. Cela est d’autant plus vrai que tout cela risque fort de ne rien apporter au quotidien du mauritanien modeste qui continue de tirer le diable par la queue pour arrondir les angles et boucler des fins de mois de plus en plus difficiles.

Le Roi est nu !

Un taux de participation de 53% au scrutin référendaire du 5 août dernier ressemble plutôt à un échec cuisant des partisans du Oui. Particulièrement  pour le président Aziz qui dirigeait personnellement la campagne au rythme de deux meetings par jour, passant tout son temps à s’attaquer souvent violement à ses adversaires favoris (les sénateurs et l’opposition boycottiste) coupables à ses yeux de tous les maux dont souffre le pays. Il est à ce titre comptable du médiocre résultat de son camp, du massacre des instruments de la démocratie par la fraude massive à ciel ouvert et par l’empiétement sur les libertés publiques. L’administration et les médias publics engagés de manière ostentatoire dans la croisade pour le Oui ont perdu le peu de crédit dont ils bénéficiaient au sein de l’opinion. Cela sans parler de l’embrigadement vulgaire et visible des fonctionnaires menacés de perdre leur  job s’ils ne manifestent pas leur intérêt à la propagande pour un Oui qui ne semblait pas pourtant convaincre grand monde.

En un mot, le pouvoir, désormais nu, a laissé beaucoup de plumes dans cette aventure du référendum qui lui rapporte strictement rien. Politiquement, il s’agit d’une perte sèche pour ce régime qui vit depuis son avènement en 2008 sur la production de slogans et de thèmes populistes et creux comme la lutte contre la pauvreté, la guerre à la gabegie, le président des pauvres, la Mauritanie nouvelle, la Résistance… Après plus d’une décennie au pouvoir, ce discours démago-populiste ne semble plus porter ses fruits. Le peuple qui croule sous les effets d’une crise multiforme exige des résultats palpables. Pas de généreuses promesses qui n’engagent que ceux qui les reçoivent…

 

Plus que jamais acculé par ce qu’il appelle l’opposition virtuelle à coups d’enregistrements WhatsApp , de vidéos et d’images commentés à longueur de journées sur les réseaux sociaux, le président Aziz, arcbouté ces derniers temps sur la Mauritanité et la résistance au colon, tente de rétablir son pouvoir à travers le recours à la répression contre ses opposants. L’enlèvement et la séquestration du sénateur Ould Ghadda confirme une fébrilité réelle du pouvoir qui croit pouvoir la soigner avec le recours à davantage d’autoritarisme  et par l’empiètement sur les libertés. Faux diagnostic ! Si Aziz a tenu jusqu’à présent, c’est grâce au fait qu’il sauvait les apparences en évitant de s’attaquer directement aux libertés politiques. Un atout qu’il est en passe de perdre. Ce qui le rendra encore plus fragile, d’autant plus que son opposition, revigorée  par l’échec du référendum, compte bien profiter de la conjoncture nouvelle de moins en moins favorable au régime.