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Editorial

Dialogue. C’est le mot, le slogan ou le concept le plus usité par notre classe politique. Et auquel, apparemment, personne n’y croit ou ne prend vraiment au sérieux. C’est devenu juste une forme superficielle  d’exigence morale ou du politiquement correct, à laquelle chacun, à la majorité comme  à l’opposition, doit se  soumettre. Verbalement. Pas plus.
C’était peut-être un pas vers la bonne direction. Un bon pas si tous les partenaires politiques réclament le dialogue dans leurs discours publics et condamnent le recours à la violence comme mode de solution aux  problèmes. ...Lire la suite

Le Prince, encore et toujours le Prince Imprimer Envoyer
Jeudi, 09 Août 2012 12:18

Quelle exagération effrontément mensongère que de prétendre avoir tout dit sur le Prince et ses innombrables et extraordinaires attributs et même avoir assez discouru là-dessus pour pouvoir changer de sujet, la semaine qui suit, et vaquer à autre chose ? Car il y a tellement de choses à dire, et à ne pas dire, sur le Prince, que l’on peut remplir de gros infolios, des semaines et des mois durant, sans jamais épuiser la thématique. Source intarissable d’informations paradoxales, d’analyses et de commentaires de toutes sortes, les limites de la possibilité de traiter de la condition princière peuvent difficilement déborder, tout de même, le choix de l’un de ses nombreux aspects, d’une seule dimension de cette entité multidimensionnelle et essayer d’en faire sinon la radioscopie, du moins un simple exposé.
Loin de moi la prétention de vouloir écrire une monographie sur le principat, je vais donc continuer, tant qu’il me semble être en mesure de cogiter une réflexion de quelque pertinence, à parler du Prince qui, de son côté, ne cesse de faire parler de lui, à tors et à travers ; à tort et à raison. Suivez mon regard !
D’abord, pour s’enquérir déjà de l’origine du Principat, il faut descendre le plus profond possible à la recherche des racines de cette fonction sociale et remonter jusqu’à l’aube de l’histoire humaine. Il y a aussi lieu de se demander : de quoi le Prince tient-il son statut et le pouvoir quasi absolu qu’il exerce sur son domaine de souveraineté ? Les tient-il, son statut et son pouvoir, de la force brutale ou de la sagesse ? En sa qualité de prince, est-il un ou plusieurs ? Et bien d’autres questionnements de ce genre.
Pour certains anthropologues, la société humaine se serait constituée, à la base, à partir d’un groupe social prototypique nucléaire ne comprenant, au départ, que les premiers hommes exerçant les seules activités ou fonctions nécessaires et suffisantes pour la vie et le progrès de la civilisation. Ces fonctions absolument indispensables sont : la multiplication, la transformation et l’interprétation. Soit seulement trois fonctions fondamentales, et pas une de plus.
La première activité est celle de l’agriculteur qui cultive les plantes et élève les animaux. C’est une fonction de reproduction, dont l’agent travaille surtout à conserver, et à décupler ou accroître les espèces végétales et animales utilisées par l’homme essentiellement comme ressources alimentaires. La seconde fonction est celle de l’artisan (le forgeron, le cordonnier, le charpentier, l’orfèvre, etc.) dont l’activité consiste à transformer la matière naturelle brut (le bois, le métal, les produits issus des animaux, …) en ustensiles, outils et autres objets culturels, manufacturés. La troisième fonction est celle de l’administrateur de l’invisible. C’est l’activité du prêtre ou de la personne qui s’occupe du culte en général. Il s’agit de l’agent social dont le domaine d’activité est la religion.
Essayons de comparer rapidement les résultats auxquels aboutissent respectivement ces trois activités. Histoire de voir ce que chacune produit et apporte à la communauté humaine en termes de valeur ajoutée.
Ainsi, par rapport à la première fonction, celle du décuplement, c’est une réalité palpable, têtue, que les activités d’agriculture et d’élevage génèrent des quantités, en nombre de plus en plus croissant, d’individus des espèces animales et végétales utiles.
S’agissant de l’activité de transformation, elle a pour finalité, et elle y arrive, de mettre à la disposition des membres de la communauté, en gros, tout l’outillage et les ustensiles dont ils ont besoin.
Quant à la fonction d’interprétation, c’est l’activité du prêtre ou du mage qui se présente en médium entre le monde visible tel que les gens l’expérimentent et y souffrent les vicissitudes de leur existence et le monde invisible trop souvent lié aux grandes questions du genre : Pourquoi sommes-nous là où nous sommes ? Et c’est quoi notre destin après la mort ? Qu’est ce que nous réserve demain, dont on ne sait absolument rien, de bien ou de mal ? Etc. L’activité de l’homme de religion est ainsi de s’attacher à expliquer le monde, souvent de manière préscientifique, en attribuant un sens aux différents phénomènes naturels, en proposant des réponses aux angoisses de l’existence et du destin. Le résultat des courses ici c’est un corps de mythes. Mais les mythes ou la mythologie c’était tout simplement la science avant la Science.
En tout cas, la fonction d’interprétation consistant à produire des mythes et rien que des mythes, était bel et bien, une activité humaine de base, donc indispensable pour l’équilibre et la cohésion de la société. Et ce n’est pas le cas de la fonction de régner, en maître absolu, sur les hommes et les choses et présider à leurs destinées.
Alors, omission ou absence notable : il n’y a pas eu mention de la fonction du Chef qui commande, d’un Prince omnipotent dans une telle société ! La personne ayant la vocation et l’habilitation à faire usage de la force publique pour réguler, organiser, démêler les conflits ; et au besoin, réprimer le désordre, la désobéissance, la subversion, la rébellion et la contestation ; n’est apparemment pas indispensable. On peut bien s’en passer et vivre heureux ! A plus forte raison un tyran imbécile, arrivé au pouvoir par accident, et qui gouverne tout un peuple suivant les caprices de son bon plaisir. C’est ni plus, ni moins, la catastrophe.
Or entre le cultivateur ou l’éleveur, l’artisan et l’homme de religion, qui est celui qui mérite vraiment, de par sa fonction et le service qu’il rend à la société, de se voir attribuer les compétences lui conférant le droit d’exercer le pouvoir et légitimant son incarnation de l’Autorité suprême ? Apparemment, aucun, en tant que tel. Mais, peut-être, tous les trois, collégialement.
Paradoxalement, le Prince, malgré toute la place qu’il occupe dans les cœurs et dans les esprits, ne serait tout simplement pas nécessaire. Car, une société composée de citoyens bien éduqués, peut bien fonctionner sans encombres, permettre à ses membres de vivre dignes, prospères et émancipés, sans avoir besoin de prince. Bon ou mauvais. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, dans les cités utopiques que bien des philosophes avaient appelées de leurs vœux, où les sociétés fonctionnent à merveille, l’exercice du pouvoir est réservé à un collège de vieux sages qui ont beaucoup appris, accumulés beaucoup d’expériences et qui ont, surtout, longtemps vécus après leurs années d’adolescence. Cela n’est pas loin, il me semble, du fameux esprit républicain.


Sidi Mohamed Ould Hademine

 

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